jeudi 4 mai 2006

Vie au bureau

Après une actualité très poilue ces derniers temps... et un blog un peu en suspens pour cause de bébé sheltie turbulent, nouveau job, changement de saison etc... retour à nos moutons avec un petit mot sur la vie au boulot downunder...
Ca fait donc presque un mois que j'ai commencé mon nouveau job au pays des kangourous (enfin, au passage, on n'en voit pas si souvent, on devrait plutot décréter le possum comme animal national, voir le flying fox qu'on croise tous les jours)... et après quelques semaines entre Sydney et Melbourne (et une overdose de King Prawn), je fais véritablement connaissance avec la vie quotidienne au bureau depuis 2 semaines.

Avantages du "Skill Shortage"
J'ai un peu discuté avec des collègues des avantages "en nature" et il apparaît que c'est assez fréquent en Australie, afin d'essayer de contrer le turn over (les gens qui démissionnent pour aller ailleurs), dès lors que la boîte a une certaine taille: donc il n'est pas vraiment inhabituel de trouver à son bureau des distributeurs de jus de fruits, de sodas, de café, thé, chocolat, des cookies, des fruits... de pouvoir prendre son petit déjeuner au bureau ou même avoir à disposition de quoi se faire un petit sandwich... le tout gratuitement bien entendu. De même que le "package salarial" inclut souvent bien d'autres choses que le "simple" salaire versé tous les mois: cela peut être le classique téléphone portable avec abonnement payé par la boîte, l'ordinateur portable, des réductions sur l'achat d'un ordinateur pour la maison, des réductions sur les locations de voitures, une protection sociale et assurance prise en charge par la compagnie, une carte de crédit "corporate", une "superannuation" (la cotisation retraite à la sauce Australienne) plus avantageuse... etc Mais les autres avantages proviennent la plupart du temps des possibilités de réductions d'impôts: vous entendrez peut être parler de "salary sacrifice" qui, explicitement, consiste à renoncer à une partie de son salaire afin de placer cet argent "ailleurs", en échange d'avantages fiscaux, ce "ailleurs" pouvant être l'achat d'une voiture, l'investissement supplémentaire dans la superannuation... il est même possible, une fois par an de se faire plaisir en achetant un ordinateur portable ou un PDA pour la maison à moitié prix! Pascal m'a également parlé du LAFHA, Living Away From Home Allowance, qui, sous réserve de respecter certains critères, permet de recevoir une sorte de "pension" du gouvernement australien pour cause d'expatriation (très avantageux apparemment, certains ne vivant que sur le LAFHA, le salaire étant de l'argent de poche)... pssst, sinon, j'ai trouvé les M&M's!

Barrière de la langue
Travailler au quotidien dans la langue de Shakespeare n'est pas en soit un problème, surtout au niveau des documents écrits. Là ou ça se corse, c'est à l'oral. Pour vous situer, mon niveau "scolaire" est plutôt bon... mais la théorie reste bien différente de la pratique. Je vous ai déjà parlé de l'accent australien, qui est plus ou moins prononcé en fonction de la personne à laquelle on s'adresse. N'oubliez pas non plus les slangs australiens (argot), même si leur emploi n'est pas très fréquent dans le milieu professionnel. En général, une discussion, "d'homme à homme" reste jouable, car il est assez facile de se concentrer sur un sujet précis. En revanche, la où ça se corse, c'est au niveau des réunions. Car non, seulement, ça fuse de partout, ça parle très vite... mais surtout, on parle bien souvent de choses auxquelles votre oreille n'est pas encore habituée. Un exemple simple: en France, si on vous parle d'EDF, Orange, SNCF... PPDA, BHL, Sarko... vous tiltez immédiatement! En revanche en Australie, savez vous ce qu'est le VWA, TAC, ANZICS...? Deuxième point, les noms et prénoms. Autant en France, ils est facile de retenir Gérard Dupont, Bernard De Lafleur...etc autant ici, on n'a pas vraiment le panel des noms en tête et on essaye tant bien que mal de retenir l'identité des interlocuteurs en les associant à des stars holywoodiennes (genre une personne s'appelant Mel XXX, me rappelle Mel Gibson). Etre compris peut également être un véritable problème: même si votre grammaire et votre vocabulaire sont bons, l'accent peut être une barrière, qu'il soit fortement français ou pas d'ailleurs, car l'australien comprend l'australien et non l'anglais! Enfin, celà dépend grandement de la personne qu'on a en face et de son habitude à cotoyer des nationalités différentes.

Fossé culturel
Attention, ce fossé existe et il ne faut pas le sous estimer. Déjà en Europe, ce fossé est grand entre Français et Anglais. En Australie, il est encore accentué, car malgré tout, les Anglais ont celà de commun avec les Français, qu'ils partagent le même continent.

Le sport
Vous le remarquerez, le sport est l'opium de l'Australien. Certains le pratiquent, mais la plupart le regardent (et parient dessus). Ils semblent infatiguables et intarissables à ce sujet. Celà va des sports que nous connaissons en Europe, tel le "soccer" (notre football) ou le rugby, jusqu'au cricket, bien british... en passant par les spécificités australiennes ou régionales: le netball, une sorte de mélange entre handball et basketball (avec un panier flottant, sans panneau), pratiqué par la gente féminine (en jupette des années 70)... mais surtout le "footy" ou "ozie rules" (plutôt dans le Victoria), une variante du rugby où pour faire des passes, le joueur doit maintenir le ballon sur son poing fermé et frapper sous son poing avec son autre poing afin de propulser la balle, et ou les buts sont composés de 4 branches... bon le plus intéressant la dedans, c'est que les pains sont plus ou moins autorisés, avec ralenti sur les visages déformés par la douleur s'il vous plait! Vous verrez qu'ici, ce n'est ni l'actualité politique, ni l'actualité économique, ni l'actualité internationale qui font les gros titres, mais bien l'actualité sportive. Je crois que je suis assez mal barré, vue que le sport, ça ne m'intéresse pas du tout (enfin, je préfère en faire que regarder): quand on me demande "tu suis le soccer", je répond "oui, euh, le PSG, euh non l'OM... mauvaise réponse?" ou le rugby, "oui je suis de Toulouse, l'équipe est très forte"... et lorsqu'on me demande "est ce qu'ils sont encore dans la course pour la coupe des trucmuches "euh oui... je veux dire non... mauvaise réponse?". Enfin, les collègues veulent m'embarquer voir un match de footy... aïe aïe, qu'est ce qu'on est pas obligé de faire pour son boulot!

Aussie Pride
Attention, terrain miné. En aucun cas ne venez titiller l'australien sur sa fibre patriotique, et elle est extrêmement sensible, même sur des points que vous n'envisageriez pas! Alors quand on parle du coq français... Lorsqu'on est en France, on ne fait pas vraiment attention à ce qu'on a: tous les bons petits plats, aliments (fromage, yahourt, charcuterie, vins, qualité des produits...). En arrivant en Australie, votre fibre Française s'éveillera sans aucun doute, même si elle était bien endormie avant! En effet, il est quasiment impossible de ne pas se dire, au moins sur certains points, et en particulier concernant la nourriture "waouuu, c'est bien mieux en France". Un conseil, pensez le autant que vous voulez, mais ne le dites pas (enfin, au boulot, si vous voulez conserver de bonnes relations avec vos collègues)! Car l'Australien pense la même chose de son pays! Si il vous demande, "alors, que penses tu du vin australien", évitez de repondre "ben c'est de la piquette, je t'apporterai de mon Château Margaud tu verra ce que c'est du vrai vin", ou ne lui dites pas "c'est quoi ce pain que vous mangez, celui du Leader Price en France est meilleur!" ou "votre saucisson, on dirait le salami qu'on nous donnait à la cantine"! Et c'est à peu près comme ça pour tout, l'Australie est le plus beau pays, a le meilleur climat, les gens sont les plus coools...etc Pour certaines choses c'est vrai, mais malgré ce qu'on dit des Français, il y a une qualité bien franco française qu'on peut retenir, c'est "l'auto critique": hé oui, le Français est le premier à critiquer son pays, même si au fond de lui il pense que c'est le meilleur! Un dernier exemple sur la mauvais foi australienne: je discutais avec un mec d'un truc tout bête, les achats sur Internet... il est indéniable que sur ce point là, l'Australie a 10 ans de retard: y a même pas Amazon ici, c'est le désert au niveau des Discounters... etc ben malgré ça, il ne faut pas le dire: l'Australien vous rétorquera que s'il va faire ses achats sur Internet, c'est pour la commodité et pas pour les prix (ne lui répondez pas que si c'était moins cher, ce serait mieux quand même, même si vous avez 100% raison)... ah oui, ne leur dites pas non plus que le "Australia owned" n'est qu'un slogan marketing de polichinelle et qu'une "société australienne de paille" sert bien souvent d'écran à une multinationale non australienne (ça me rappelle un peu le coup des champagnes français, de plus en plus de champagnes avaient tendance à vouloir s'appeler "Veuve... quelquechose"... une loi est passée afin que seules les sociétés ayant une veuve à leur tête pouvaient se donner un tel nom... ce qui a eu pour conséquence, que le caractère "veuve" est devenu un critère de recrutement pour la direction de ces entrerpises!).

Coutumes au travail
Habitués du serrage de main matinal et café interminable rituel bonsoir... et au revoir! Les relations entre collègues au bureau sont... glaciales... à moins que je n'ai pas encore trouvé la clé. Tout d'abord, personne ne se sert la "papatte" le matin, et la bise est interdite, sous peine de procès pour harcèlement sexuel. L'Australie a gardé le côté "aseptisé" des relations humaines, très british: point de contact physique. Si vous serrez la main à quelqu'un c'est pour conclure un deal: ne serrez pas la main du vendeur en porte à porte qui se ramène avec son aspirateur "Turbo 9000"! Un simple "Good morning", "Hello", "How are you doing", "Fine thanks and you" suffira... puis chacun part se chercher un café qu'il prendra tout seul à son bureau... point de discussion métaphysique matinale entre collègue genre "t'as vu Robert, du 6ème, il a été viré pour avoir mis la main au fesse à Bécassine du 4ème, pfff l'autre hé". Mais la ou c'est assez triste, c'est pour le repas de midi, la plupart partent de leur côté, s'acheter ou se faire un sandwich qu'ils avaleront en solitaire en regardant les résultats de Footy de la veille. Snifff, préparez vous à avoir le mur du bar à sushi d'en face comme meilleur ami (lui au moins il ne parle pas de Footy)! Et surtout... ne tombez pas dans le piège du langage très informel: en effet, même si dans le "parler" on a droit à du "mate", "buddy" (c'est à dire "mon pote"), les relations sous jacentes sont plus complexes, et il vaut quand même mieux savoir à qui on s'adresse...

5 commentaires:

dana a dit…

eh bien ...
c'est pas l'top mais bon ... parfois ici aussi, dans certaines boites ... l'ambiance n'est pas au beau fixe et c'est pas parce qu'une collègue te fait la bise le matin, qu'elle va pas t'enfoncer un couteau dans le dos à la prochaine réunion !!!

bon courage , vous en voyez souvent des possum ????

Dung a dit…

Hi hi, j'ai vu mon premier possum ce week end, il était mort, au pied d'un arbre. En fait, à Port Melbourne, on en croise pas, je ne sais pas pourquoi... par contre à St Kilda ou même dans les parcs du centre ville, il y en a partout, les gens leur donne à manger comme à des pigeons... la plupart des australiens les considèrent en fait... comme des rats, des nuisibles... Vers chez nous, par contre, tous les soirs, on voit des "flying foxes" (d'énormes chauves souris) voler dans le ciel... brrrrrrrr

Stéphanie a dit…

Alors quels sont les bons plans fournis par le CE de cette charmante boite?

Manie a dit…

Je suis sure qu'avec un peu de temps l'ambiance au boulot va s'ameliorer.
Mes premiers mois dans mon boulot ont aussi ete un peu calme car ils nous falaient tous un peu de temps pour se "juger". Franchement faire la bise a tout le monde je trouve ca un peu penible. Un bonjour tout le monde le matin est quand meme plus simple et rapide qu'une bise et serrage de main a toute une tripotee de gens qu'on aime pas forcement tant que ca...
Va voir le footy! A Melbourne (Une des Mecque du Footy) ca sera vachement amusant, peut etre pas aussi bruyant que dans un stade de foot mais ca doit vraiment vaudre le coup. En plus c'est tres drole comme jeu (un peu clownesque!).

Dung a dit…

Arghh, assister à un match de footy?!?!